Cette histoire n'est pas la mienne. Mais je la croise trop régulièrement.

Lundi matin. 9h. Salle du comité. Le nouveau CEO entre. Ça fait trois semaines qu'il est là.

Moi, ça fait sept ans.

Sept ans que je connais chaque client par son prénom, chaque faille du système, chaque non-dit du comité. Sept ans que je fais tourner cette boîte avec mon équipe. C'est mon projet, mon entreprise, notre fierté.

Semaine 1, il écoute.

Je me dis : OK, celui-là est différent.

Semaine 3, il sort son plan. Restructuration du commercial. Nouveau CRM. Refonte de la gouvernance. Trois chantiers simultanés. Mon équipe, celle qui a porté la croissance des quatre dernières années, n'a pas été consultée.

Je ne dis rien.

Personne ne dit rien.

Il prend notre silence pour de l'adhésion. C'est juste de la prudence. On observe, on se protège et on attend de voir.

Semaine 8, il amène "son" directeur financier. Un ancien collègue. Le message est limpide : ce qui existait avant moi ne vaut rien.

Marc, mon meilleur élément, me glisse à la machine à café : "Je viens de répondre à un chasseur de têtes."

Je ne le retiens pas.

Parce que je comprends.

En psychologie, il y a un concept qui explique tout ça : les crédits idiosyncrasiques. Un leader gagne le droit de bousculer les choses au fil du temps - par les galères partagées, la compétence démontrée, la preuve qu'il comprend la culture de l'intérieur.

Un fondateur ? Des années de crédit en stock.

Un CEO parachuté ? Zéro.

Et chaque décision prise trop vite, sans écoute, sans confiance, c'est du crédit négatif. Une dette qui s'accumule en silence jusqu'au jour où tout le système se dérobe.

Mois 14, il est parti.

Le board a parlé de "désalignement stratégique". La vraie raison ? Il n'a jamais gagné le droit de nous diriger.

Statistiquement, entre 40 et 50 % des CEO recrutés en externe se plantent dans les 18 mois. Et la raison est presque toujours la même.

Pas l'incompétence. L'impatience.

Alors si demain vous êtes ce nouveau CEO, commencez par une seule chose. Allez voir les N-2, les N-3. Ceux qui font tourner la machine. Et posez-leur cette question :

→ "Quelle est la pire chose que je puisse faire en arrivant ?"

Puis écoutez. Vraiment.

La constance bat le spectacle.
L'humilité bat l'autorité.
Toujours. 😊

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