Sébastien Cobut

Managing Partner

Je suis assidûment la politique (belge et internationale). Une question me travaille : à quoi sert l'opposition ?

Non, sérieusement. À quoi sert-elle vraiment ?

En théorie, c'est limpide.

L’opposition est un pilier démocratique. Elle contrôle, elle questionne, elle amende, elle propose. Elle force la majorité à argumenter. Elle empêche le pouvoir de se fossiliser.

Autrement dit : elle élève le niveau d’exigence.

En pratique ?

On assiste souvent à autre chose.

Des slogans. Des indignations chorégraphiées. Des répliques enflammées uniquement destinées à clouer le bec - sans droit de réponse (ça me gave grave…).

On ne cherche plus à démontrer que l’on ferait mieux. On cherche à prouver que l’autre fait mal. La nuance est fondamentale.

Et ce n'est pas qu'un problème belge.

À Washington, Paris, Londres, Bruxelles : même polarisation, même accélération médiatique, même tentation du “contre” comme stratégie identitaire.

Or une opposition mature devrait faire trois choses :

1/ Critiquer précisément.

2/ Proposer concrètement.

3/ Se rendre crédible pour gouverner demain.

Sans le troisième point, elle devient une opposition de confort.

C'est ici que je repense au concept de "destruction créatrice" de Schumpeter.

La destruction créatrice ne consiste pas à casser.

Elle consiste à remplacer par mieux.

Détruire sans projet n’a rien de créatif.

C’est de la démolition.

→ En politique, cela produit des blocages stériles et une érosion de la confiance.

→ En entreprise, cela donne des managers qui déconstruisent sans jamais bâtir.

→ Dans la vie, cela crée des individus experts en critique… et pauvres en vision.

Le progrès ne naît pas du consensus mou. Il naît de la tension productive entre visions du monde différentes.

Mais cette tension suppose deux choses :

– une vision alternative structurée

– une honnêteté intellectuelle réelle

La capacité à dire :

“Je m’oppose à vous. Voici mon projet. Voilà pourquoi je pense qu’il est meilleur. Et si vous me démontrez le contraire, j’aurai le courage de l’admettre.”

Vous en croisez beaucoup, des gens comme ça ? 😊

PS : Schumpeter était économiste. Mais sa leçon est profondément politique : la destruction n’est légitime que si elle accouche d’un monde plus viable que celui qu’elle remplace.