Bpost, erreurs stratégiques ou résistance d'un autre temps?
Lorsqu'un conflit s'enlise et que les conséquences s'accumulent, il est bon d'élargir le spectre.
Un mandat m'a récemment plongé dans cet univers et une chose me frappe : le débat se trompe souvent de niveau.
-> Le symptôme qui cristallise la colère : une demande de flexibilité horaire qui change les habitudes.
Mais la cause profonde est ailleurs : le monde postal a changé de nature.
- Le courrier s'érode et le colis est central
- Les syndicats ont besoin de matière exploitable
- La concurrence n'attend pas que les opérateurs aient fini leur débat existentiel
Autrement dit : l'opérateur ne demande pas la flexibilité par caprice, mais parce qu'un modèle construit pour hier doit fonctionner pour demain.
Et ça change tout : cadences, outils, horaires, compétences, contrat social sur lequel reposait le métier.
C'est là aussi que les responsabilités se partagent : un groupe peut commettre des erreurs stratégiques, mal embarquer ou donner le sentiment que l'adaptation se paiera surtout en 1ere ligne.
Mais nier la transformation du métier est une posture dangereusement court-termiste, car on ne négocie pas avec une mutation de marché.
Et c'est là que le détour par l'international devient utile.
Ailleurs, certains ont compris qu'il ne suffisait pas de défendre l'ancien modèle mais bien de réinventer la fonction.
- Au Danemark, on a acté la fin de la distribution de lettres
- En Australie, (où, comme au Canada, l’institution peine à honorer les salaires), on a réduit la fréquence pour se concentrer sur les usages qui progressent
- Au Royaume-Uni, on redessine le modèle autour d'une approche logistique
- En Finlande, on pousse plus loin, Posti a formé ses agents et lancé des services de proximité (tonte de pelouse, aide aux personnes âgées, …)
Tout cela pose une question: Que vaut un réseau qui passe partout et inspire confiance, si ce n’est plus seulement pour distribuer des lettres ?
C'est là que le sujet devient intéressant. Car la créativité ne se limite pas à faire la même chose en mieux mais à redéfinir ce qu’on transporte, rend comme service, et monétise vraiment.
Autrement dit : ils ont compris que leur métier n'était peut-être plus d'acheminer mais d'exploiter 3 actifs rares : la confiance, la capillarité et la fréquence de contact.
Le vrai sujet est donc moins : Doit-on être plus flexible?
Que : Quel modèle social et opérationnel permet de survivre, sans sacrifier ceux qui le font tenir ?
C'est inconfortable ! Et comme souvent, l'inconfort est meilleur conseiller que la nostalgie.
Car à force de traiter la transformation comme une agression, on risque de découvrir trop tard que le marché, lui, n'avait aucune intention de négocier.
Le bain social que tout le monde souhaite éviter pourrait alors devenir précisément ce que le refus de bouger aura préparé.
La lucidité ne dispense pas de justice sociale mais sans lucidité, il ne reste en général ni justice, ni emploi.
