
Sébastien Cobut
Managing Partner
J'ai écouté deux personnes cette semaine. Et je ne sais plus où me situer.
1/ Gabriel Attal, dans le cadre de l'intervention américaine au Venezuela, dit : le monde est désormais régi par la force.
Même les démocraties doivent retrouver la voie de la force si elles veulent continuer d'espérer que le droit prévale de nouveau. Sans force, nous sommes effacés. Nous n'avons plus les moyens de nos indignations, dit-il.
2/ Charles Pépin, dans un registre plus universel, dit l'inverse : la gentillesse est ce qui permet de réussir vraiment.
La méchanceté, explique-t-il, est contre-productive. Elle attire des ennemis qui finiront par vous avoir. Elle empêche de construire à grande échelle, parce qu'elle isole et qu'elle détruit la confiance.
↳ Et moi, je suis coincé entre ces deux vérités.
Parce que Attal décrit le monde tel qu'il est. Et Pépin défend le monde tel qu'il devrait être.
Le problème ?
Ils ont raison tous les deux.
Et c'est précisément ça qui me tord le ventre.
→ Que fait-on de la gentillesse dans un monde régi par la force ?
→ Est-ce qu'on continue à y croire, au risque de se faire balayer par ceux qui ne s'embarrassent plus de rien ?
→ Est-ce qu'on l'abandonne, pour ne pas être les derniers naïfs debout tandis que tout s'effondre autour de nous ?
Je n'ai pas de réponse.
Juste cette inquiétude sourde.
→ L'inquiétude que la brutalité soit en train de l'emporter, non pas parce qu'elle est plus forte, mais parce que nous avons collectivement renoncé à lui opposer autre chose que de l'indignation.
→ L'inquiétude que la gentillesse, le droit, l'humanisme ne soient plus perçus que comme des faiblesses. Des luxes qu'on ne peut plus se permettre dans un monde devenu hostile.
→ L'inquiétude, surtout, qu'en choisissant la force par pragmatisme, nous finissions par perdre précisément ce pour quoi nous voulions nous battre.
Parce qu'une démocratie qui adopte les méthodes de la dictature pour survivre, est-ce encore une démocratie ? Et une société qui abandonne ses valeurs par réalisme, que lui reste-t-il exactement à défendre ?
Comment tenez-vous, vous, cet équilibre ?
PS : Photo prise en décembre au Théâtre de Liège, un endroit où les mondes ne s'opposent pas mais sont parfaitement complémentaires
